« Pamom, pue ta nsüne nkut la’ yupue » ou encore « Peuple Bamoun, taisons nos divergences et bâtissons notre terroir ». C’est sous ce signe que nous avons jugé bon de placer la célébration des Grandes Journées traditionnelles et Culturelles du Peuple Bamoun en cette année 2008.
Le thème du Nguon 2008, 542ème édition de l’histoire et 9ème sous notre règne, est un hymne à la tolérance et la concorde pour le développement. Son choix se justifie pleinement dans le contexte actuel marqué par la pluralité des opinions et des prises de positions à travers le monde. La vie sociale, politique et économique de notre planète enregistre régulièrement des différences de visions et des discordances d’intérêts qui se radicalisent pour dégénérer en conflits.
L’Afrique n’est pas exempt de ces déchirures qui sont bien regrettables. Dans ce continent, certains désaccords cherchent solutions dans la force, la guerre et le sang. Cette démarche n’est heureusement pas celle du Cameroun qui s’écarte constamment de la ligne de violence. Notre pays qui a certes ses différents avec ses voisins, ses points de vue et ses intérêts particuliers à défendre sur la scène internationale, n’est pour autant pas un espace de pensée unique. Toutefois, la conduite éclairée de son Président, Son Excellence Paul BIYA, et le sens de la tolérance qui caractérise ses citoyens lui garantissent une paix sociale singulière, gage du développement durable. La leçon que le Cameroun et le Nigeria ont donnée au monde entier en réussissant la résolution quasi-pacifique de leur litige frontalier autour de la presqu’île de Bakassi est admirable, mémorable et exemplaire.
Bien que perfectible, l’exception camerounaise dégage un modèle qui mérite d’être souligné. Il s’agit de la capacité que doivent avoir les hommes de maîtriser leurs tensions dans les situations de disharmonie, de taire et de dominer leurs divergences d’options et d’intérêts pour garder la sérénité et laisser passer le progrès. Il est important que cette approche fondée sur la flexibilité et l’acceptation du compromis qui n’est pas synonyme de compromission, soit pérennisée et consolidée par toute la nation camerounaise, y compris la communauté Bamoun.
En effet, le peuple Bamoun qui se distingue par son unicité linguistique et son homogénéité culturelle a ses terrains de divergences. En son sein, les opinions et les cultes sont multiples. Cette diversité qui est une richesse en soi ne doit jamais s’ériger en un facteur d’oppositions et de désunion pour disperser les énergies. Les polémiques de toutes natures, les prises de positions radicales, le refus du compromis et la tendance au fanatisme doivent disparaître pour laisser place à la tolérance et au dialogue qui traduisent l’admission et le respect de la différence. C’est le juste prix à payer par la grande famille Bamoun pour bâtir assurément son terroir tant il est vrai qu’aucun progrès n’est réalisable dans un climat de divisions, de dissensions, de mésententes et de mésintelligence. Les efforts qui sont faits dans ce sens sont louables et ne demandent qu’à être perpétués et consolidés. L’on peut par exemple se féliciter de la coexistence toujours pacifique des différentes fois religieuses présentes dans la société Bamoun.
Puisse le tout puissant bénir le peuple Bamoun et lui accorder de tenir en partage avec le Cameroun, l’Afrique et le monde entier, les précieuses valeurs de tolérance, de paix et de concorde qui sous – tendent le développement.
El Hadj Ibrahim MBOMBO NJOYA
Sultan Roi des Bamoun