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LES GRANDES JOURNEES TRADITIONNELLES ET CULTURELLES DU PEUPLE BAMOUN
Palais Royal Bamoun
01.12.2008

Nguon : un creuset de développement 

Qu’apporte le Nguon au développement du Noun ? La réponse à cette question qui mérite d’être posée est édifiante. Au-delà de son aspect folklorique qui reste une richesse importante, la grande assise traditionnelle et culturelle du peuple induit des progrès remarquables sur les plans social, économique et culturel.

Par Alexis MOULIOM NJIVAH

La fête du Nguon, s’accorde – t – on pour le reconnaître, est un levain qui concoure à la promotion de la culture Bamoun. Un événement de grande envergure dont la contribution au rayonnement de l’image de marque du peuple Bamoun est indéniable.
En soulignant, pour s’en féliciter, cette importante fonction que les Grandes Journées Traditionnelles et Culturelles du Peuple Bamoun remplissent de nos jours, l’on est bien fondé de se poser, sur un tout autre plan, une question qui n’est point superflue : Quelle valeur ajoutée le département du Noun, bastion du peuple Bamoun, tire – il de la célébration du Nguon en faveur de son développement socioéconomique qui reste un vaste chantier ? Quelles sont, sous l’angle de l’amélioration du cadre et des conditions de vie des populations, les retombées de cette assise qui n’a pas de pareil comme instance de mobilisation des Bamoun du terroir et de la diaspora et opportunité d’ouverture de leur communauté sur le monde. A la juste observation, la réponse à ce questionnement peut se résumer en ces termes : Le Nguon apporte à l’essor du Noun, une remarquable contribution dont il faut renforcer la lisibilité et le suivi.

Une occasion de rentrées de devises

Dans l’agenda économique du Département du Noun, la célébration de la fête du Nguon occupe une place de choix. Le climat des affaires qui accompagne cet événement est sans doute le plus fructueux de l’année. Les besoins d’accueil et de survie de l’immense public qui se mobilise à Foumban plusieurs jours durant, suscitent une grande effervescence sur le marché local des biens, produits et services. La Foire Commerciale, artisanale et agropastorale établie à proximité de la cour traditionnelle d’apparat abrite des importantes échanges entre des milliers de visiteurs et des centaines d’exposants, y compris les grandes sociétés et entreprises nationales.

Où qu’ils ils se trouvent, les producteurs et les opérateurs commerciaux du Noun, dans tous les secteurs et de tous les calibres, enregistrent dans la circonstance du Nguon, leurs plus grandes recettes annuelles. Les agriculteurs, les éleveurs, les revendeurs des produits de la terre et de l’élevage, les artisans, les vendeurs des objets artisanaux, les marchands de pagnes, les tailleurs, les photographes, les restaurateurs, les hôteliers, les transporteurs pour ne citer que ceux là. Pour tous ces acteurs de la vie économique, la fête du Nguon est une occasion unique de réalisation des bonnes affaires. Leurs témoignages font foi et les observateurs attestent également cette réalité. Quelques illustrations :

Toutes les chambres d’hôtels sont d’habitude occupées dans le Noun à la faveur des Grandes Journées Traditionnelles et Culturelles du Peuple Bamoun et les promoteurs des établissements d’hébergement dont le Nguon suscite sans cesse la démultiplication, valorisent leurs tarifs dans cette mouvance.

Les transporteurs routiers d’agences qui opèrent sur les grandes lignes interurbaines reliant Foumban, sont inondés de passagers et contraints de prendre des dispositions particulières pour contenir le flux des voyageurs.

Dans le plus bas peuple, le vannier de localité de Njikentié (5 Km de Foumban) ploie sous le poids des commandes de nattes de raphia utilisées pour les aménagements des stands à la foire.

Au demeurant, l’on peut souligner l’incidence que réalise sur la vie sociale, les importantes rentrées de devises provoquées par l’événement du Nguon. Un vent de prospérité souffle dans les familles où les bénéfices sont diffusés et les protagonistes qui engrangent les plus grands profits peuvent réaliser des investissements plus ou moins importants.

Un cadre de promotion et d’évaluation du développement communautaire

Depuis sa réhabilitation en 1993, la fonction de fond que le Nguon assure en faveur du développement socioéconomique du Noun repose sur la pratique traditionnelle de jugement du Roi des Bamoun au cours de cette assise. Les réquisitoires que les Fonanguon portent à l’attention du souverain, dressent l’état des lieux de communauté et dégage ses grands besoins. Toute une politique de développement s’est construite autour de ce mécanisme démocratique initié par les ancêtres.
Au lendemain du Nguon 1993, Sa Majesté Ibrahim MBOMBO NJOYA a mis sur pieds un organe technique chargée de l’assister dans l’exploitation des doléances du peuple Bamoun exprimées par ses porte – paroles, les Fonanguon. Animée par des ressources humaines compétentes, cette structure baptisée Cellule de Suivi de l’Application des Recommandations du Nguon (CSARN), est intervenue autour de plusieurs éditions du Nguon. Elle s’est investie, sous la conduite du Roi, dans la transformation des réquisitoires prononcés à la Cour d’Apparat tous les deux ans en réalisations concrètes destinées à améliorer le cadre et les conditions de vie des populations du Noun. N’ayant aucune assurance d’être exhaustif si l’on entreprenait une énumération totale, l’on peut citer avec leurs dérivés, quelques grandes œuvres qui sont à l’actif de la CSARN.

Le Groupe d’Auto Promotion Economique pour le Développement Durable du Noun (GAPEN).

Cette structure de développement a été créée en 1994 en réponse à une préoccupation que les Fonanguon ont, un an plus tôt, exprimé à l’attention du Roi pour constater le règne de la pauvreté et de la déforestation dans le Noun. Fonctionnant comme une Organisation non Gouvernementale, le Groupe d’Auto Promotion Economique pour le Développement Durable du Noun, GAPEN en abrégé, a initié et mis en œuvre un vaste projet dénommé Restauration et Conservation des Forets du Noun ( RECOFON). Appuyé par l’Union Européenne et l’Ambassade des Pays Bas au Cameroun, le projet RECOFON a permis de créer une trentaine de pépinières villageoises dans le Noun, de produire plus de 100 000 plants forestiers et agroforestiers et de reboiser près 500 hectares de forêts à Maloure dans l’actuel arrondissement de Njimom et à Tenjouonoun dans l’arrondissement de Foumbot.
En plus de son investissement dans la conservation des forêts, le GAPEN a encadré les organisations paysannes dans le Noun et réalisé des plans de développement dans plusieurs localités du département.

L’Association de Développement du Noun (ADENOUN)

Crée en 1998, l’Association de Developpment du Noun s’est voulue une réponse à l’observation des Fonanguon relative à l’absence d’une structure communautaire qui fédère les idées et conjugue les énergies dans le Noun en faveur du Développement socioéconomique.
L’ADENOUN donné naissance à la Caisse Populaire pour l’Agriculture et le Commerce (CPAC), un établissement de microfinance destiné à conserver et fructifier les épargnes des agriculteurs et commerçants locaux et à financer leurs investissements.

A travers, sa composante féminine baptisée FADENOUN, l’ADENOUN a conduit le projet de création de la Radio Communautaire du Noun après les démarches préliminaires menées par le Roi des Bamoun auprès de l’UNESCO.

La dynamique de promotion du développement du Noun sur le levier du Nguon se poursuit résolument. La Cellule de Suivi de l’Application des Recommandations du Nguon qui s’est, plus d’une décennie durant, consacrée à cet important chantier, a été restructurée en 2006 par le Roi des Bamoun et rebaptisée Cellule de Suivi et d’Appui à l’Exécution des Recommandations du Nguon ( CESAER – NGUON en abrégé). La CESAER – Nguon compte une soixantaine de membres qui travaillent dans 5 commissions chargées respectivement de la politique générale, des affaires économiques, des affaires sociales et éducatives, des affaires culturelles sportives et touristiques et de la communication et relations publiques. Cette nouvelle cellule est dirigée par NJI NJINGOUMBE TETMOUN André qui a pris le relais de Feu NJI MOULIOM MBOMBOA Adamou qui présidait la CSARN dont le bilan intègre aussi des nombreuses actions orientées vers la préservation du patrimoine foncier du département du Noun, la conservation de son patrimoine culturel et l’enrichissement de sa carte scolaire, sanitaire et infrastructurelle.

Au-delà des grandes réalisations citées plus haut comme étant celles du Nguon dans le créneau de la cellule de suivi animée par le Roi des Bamoun au sommet, l’on peut citer d’autres œuvres sociales et culturelles qui tirent leurs racines de l’assemblée traditionnelle et culturelle du peuple Bamoun :

L’Hôpital du Palais des Rois Bamoun qui joue un rôle remarquable dans l’entretien de la santé des populations du Noun et le Centre de Promotion de la Santé Communautaire du Noun (CEPROSCON) qui est passé maître dans le relais de l’action gouvernementale en matière de lutte contre le Vih - Sida et le paludisme dans le département.

La Maison de la Culture du Palais des Rois des Bamoun qui, comme l’Hôpital du Palais, a été construite avec l’appui du Conseil de la région française de Hauts de Seine dirigée à l’époque par le Ministre Charles PASQUA, ami personnel de sa Majesté Ibrahim MBOMBO NJOYA.

Sur le plan économique, les contributions des Bamoun du terroir et de la diaspora ont permis de bâtir en matériaux définitifs, un immeuble qui abrite la Foire Commerciale, Artisanale et Agropastorale du Nguon. La soixantaine de stands que comporte cet édifice sert en temps ordinaire de comptoirs pour les commerçants de la place et contribue ainsi à la décongestion du marché central de Foumban qui connaît un réel problème d’engorgement.

L’on ne peut fermer ce registre sans citer la contribution du Nguon à l’avancement du Projet d’ouverture de l’Institut des Beaux Arts de Foumban, un établissement universitaire créé par le Président de la République et dont la gestation des structures a été bien longue. Interrogeant le Roi à répétition sur le retard qu’accusait la mise en fonctionnement de cette institution, les Fonanguon ont suscité des démarches qui ont abouti à la construction en cours d’un premier bâtiment sur le site retenu à l’entrée sud de la ville de Foumban. Le lancement des premiers enseignements de l’Institut des beaux Arts de Foumban est annoncé pour bientôt.




Des problèmes de lisibilité et de suivi

Le Nguon comme on a pu le constater est un important inducteur de Développement. La compréhension de cette réalité par tous exige des efforts en matière de communication. Il est important que la Cellule de Suivi et d’Appui à l’Exécution des Recommandations du Nguon renforce sa politique de communication afin d’assurer une meilleure lisibilité des réalisations émanant des Grandes Journées traditionnelles et Culturelles du Peuple Bamoun. Certes, des nombreuses publications ont été faites dans ce sens dont « Perspectives d’auto – développement » en 1993, « Eléments de dynamiques insufflées par le Nguon » en 2002 et « Répertoire » en en 2006. Mais seulement, l’on peut s’interroger sur les chances de toucher le bas peuple Bamoun à travers cet unique canal qui parait élitiste. Il faut nécessairement y adjoindre des assises de compte rendu dans les communautés de la diaspora et des émissions abondantes à la Communautaire du Noun pour les populations du terroir.

Sur un tout autre plan, le renforcement du suivi s’impose autour de la gestion des structures de développement mises en place sous la houlette du Nguon. Des mesures fortes doivent être prises pour éviter des dérapages dans leur gouvernance □
 

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